
Chères Schlierbachoises, chers Schlierbachois
2024 laisse en héritage de nombreux défis à relever.
Et d’abord le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. L’évènement défie l’entendement. A grands coups de menaces, de mensonges et de calomnies, cet homme sans morale, au langage ordurier, menacé deux fois de destitution en 2020, comploteur contre son propre pays, repris de justice, raciste et misogyne, va incarner à nouveau les Etats-Unis d’Amérique pour les quatre années qui viennent. On ne pouvait rêver pire… Pour tout élu qui se respecte et qui essaie avec dignité de bien faire son travail, la réélection de Donald Trump ne peut que susciter un sentiment de dégoût.
Au lendemain des élections américaines, la presse locale titrait en première page: «Un monde de brutes». Comment lui donner tort quand on évoque la clique des faiseurs de guerre, des fossoyeurs de la paix et des droits humains ? De Poutine à Xi Jinping, de l’Iranien Khamenei au dictateur nord-coréen, des responsables du Hamas à l’Israélien Netanyahu, des talibans afghans aux dictateurs africains, ces tristes personnages ont institutionnalisé la violence et l’oppression comme façon de penser, de gouverner et de concevoir les rapports humains.
A l’heure où la France inscrivait dans sa constitution le droit à l’avortement, la violence la plus ignoble a continué de se déchaîner contre les femmes en Iran et surtout en Afghanistan: privées de droits élémentaires, réduites au rang de parias et d’esclaves, menacées de lapidation, victimes de persécutions. Leur faute ? Exister... Devront-elles un jour s’excuser d’être femmes ?
Ce «monde de brutes» a aussi ses champs de bataille comme au Proche-Orient où le peuple palestinien a poursuivi en 2024 sa longue descente aux enfers. Après les attentats terroristes d’octobre 2023, les représailles du gouvernement israélien ont été féroces.
Les responsables du Hamas ont été liquidés mais à quel prix !
La bande de Gaza a été rayée de la carte, le Liban est devenu une nouvelle cible et aux 1200 Israéliens massacrés par le Hamas l’an dernier se sont rajoutés plus de 30000 Palestiniens tués sous les bombardements et lors de l’invasion israélienne. La vengeance du gouvernement israélien se voulait exemplaire. Sa stratégie meurtrière a été d’une grande cruauté. La lutte contre le terrorisme justifierait-elle toutes les ripostes ? Peut-on massacrer des civils et bombarder des hôpitaux sans commettre des crimes de guerre ?
On dira que cette guerre dure depuis des millénaires et qu’elle ne finira jamais et qu’elle n’a pas d’issue. La faute à la fatalité ? Sûrement pas. La responsabilité des uns et des autres est écrasante. Les mouvements terroristes islamistes contrôlés par l’Iran et les gouvernements israéliens depuis une vingtaine d’années dominés par les partis religieux et politiques les plus extrémistes ont réduit à néant toutes les chances de trouver le moindre compromis ni la moindre ébauche de solution. L’aveuglement politique et idéologique conduit toujours à l’impasse puis à la catastrophe.
Dans ce «monde de brutes» où l’impérialisme russe est à la manoeuvre, l’Ukraine prouve depuis bientôt trois ans que face à son agresseur, elle ne se soumet pas. Leçon de courage de tout un peuple qui se bat pour sa liberté et qui rappelle qu’aucun pays n’a le droit d’asservir un autre. Il faut souhaiter que ce conflit s’achève mais sans pour autant que la Russie n’en tire les bénéfices. Si c’était le cas, ce serait un mauvais signal pour tous les pays voisins, des pays baltes à la Roumanie, et donc pour toute l’Europe.
Bien que malmenée par la montée des partis nationalistes anti-européens, l’Union européenne continue d’apparaître comme un repère de stabilité dans la désorganisation du monde actuel. Elle reste un modèle de démocratie, de coopération et de solidarité entre les pays membres.
On ne dira jamais assez à quel point la construction européenne a permis de sauvegarder la paix sur un continent qui a connu tant de guerres au cours des siècles. Notre Europe n’est bien sûr pas parfaite. Souvent complexe dans son fonctionnement, elle doit veiller, quand elle parle d’une seule voix, à dégager un accord qui soit acceptable pour les 27 états. L’exercice n’est pas toujours facile. L’exemple du traité avec le Mercosur en est une parfaite illustration. Mais, face au futur repli américain et à la volonté russe de dominer le continent, l’Union européenne est précieuse. Ignorer les enjeux d’une Europe unie et démocratique ou, pire, les dénigrer, est dangereux. Les résultats des élections européennes de juin 2024 ont confirmé hélas l’amnésie de nombreux électeurs qui croient que l’Europe ne sert à rien.
La violence et la vision caricaturale du monde et de la société qu’elle implique se sont répandues aussi dans nos démocraties en prenant parfois une ampleur inquiétante. Les partis extrémistes, de droite comme de gauche, diffusent à longueur de journée un discours toxique.
La dissolution brutale de l’Assemblée nationale en juin dernier leur a permis de donner libre cours aux promesses les plus fantaisistes «comme si l’électeur était un imbécile» et la recomposition politique qui en a découlé ne laisse que très peu de chances pour les compromis et la recherche du bien commun. Dans un hémicycle où on parle de moins en moins et où on aboie de plus en plus, où l’idéologie, les calculs politiciens et les ambitions personnelles ont pris le pas sur tout le reste, le constat est amer. Pour des raisons purement politiciennes et liées aux ambitions personnelles de leur leader respectif, le Rassemblement national et la France insoumise pratiquent la politique du pire et jouent aux apprentis sorciers. Ce comportement irresponsable déshonore la démocratie et la République.
Ce qui se passe à l’assemblée n’est en fait que le miroir de notre société.
Le dialogue, l’écoute, le respect, le sens de la nuance reculent devant le rouleau compresseur des idées toutes faites, des fake news, des théories du complot et autres sornettes.
Le débat d’idées est pollué par la paresse intellectuelle, le refus de réfléchir un peu plus loin que le bout de son nez et de comprendre le pourquoi et le comment des choses. On ne réfléchit pas avec ses tripes mais avec son cerveau. C’est ce que tentent d’apprendre quotidiennement à leurs élèves des millions d’enseignants. C’est, en principe, ce que nous avons toutes et tous appris sur les bancs de l’école, du collège et du lycée…
Mais qui écoute encore les professeurs ? Et avons-nous encore suffisamment de considération et de respect pour eux ? A l’heure où le métier d’enseignant ne fait plus recette, la question mérite d’être posée...
Agressivité, animosité, agitation, déchaînement, fureur, confusion, dureté, sauvagerie, autant de maux qui caractérisent l’air du temps.
Est-ce une raison pour baisser les bras ? Sûrement pas.
Il nous appartient de défendre nos valeurs humanistes, celles-là même pour lesquelles tant d’hommes et de femmes ont combattu il y a 80 ans en affrontant la barbarie nazie, pour qu’elles ne soient pas brutalement remises en cause. La liberté, l’égalité et la fraternité ne sont pas des mots creux. Les valeurs de la République sont une règle de vie pour que nous puissions vivre ensemble et «faire ensemble». Cet idéal français doit nous unir sur l’essentiel, au-delà de nos différences, et nous permettre de lutter contre les vieux démons de l’intolérance, du sectarisme et du repli sur soi.
«De la joie, beaucoup de joie. Et de la fierté, beaucoup de fierté». Ces mots de Tony Estanguet, président du comité d’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris, résument bien ce que nous avons ressenti pendant la durée des Olympiades. Nous nous sommes réjouis, nous avons applaudi, vibré, crié de joie, frémi d’impatience, essuyé même des larmes d’émotion devant les exploits des athlètes du monde entier venus concourir au nom des valeurs de l’olympisme. Alors qu’on nous promettait «un ratage complet», «un désastre sécuritaire», «une humiliation nationale», les Jeux Olympiques de Paris ont ébloui le monde. Ce fut une fête du respect, de l’excellence et de l’amitié. Ce fut aussi une leçon de courage où le travail, l’effort et le dépassement de soi faisaient de chaque athlète, médaillé ou non, un héros. Une France unie, audacieuse et fraternelle a été capable de donner le meilleur d’elle-même en organisant ces jeux et nous, Français, avons toutes les raisons d’en être fiers et d’en être fiers ensemble. La fête olympique nous a fait un bien fou.
En décembre dernier, la réouverture de Notre Dame de Paris, cinq ans après l’incendie, a été saluée comme un exploit. L’engagement pris par le président de la République a été tenu grâce à une volonté politique, à la générosité des Français et de nombreux donateurs du monde entier et au savoir-faire de nos architectes et de nos artisans. Rebâtir la cathédrale parisienne semblait hors d’atteinte en un délai si court. Et pourtant... Une fois de plus, c’est ensemble, en rassemblant les bonnes volontés, les compétences et l’enthousiasme de pouvoir être utile pour le bien de tous, que nous sommes parvenus à nous unir sur l’essentiel et à nous surpasser.
Vivre ensemble est et doit être un état d’esprit. Et peut-être encore davantage pour une petite commune comme la nôtre. Nous avons pu le mesurer avec l’élan spontané de solidarité pour une famille dont la maison a été en partie détruite par un incendie. Pas d’esbroufe, pas de questionnement, pas d’hésitation... Juste des mots, des gestes et des dons pour venir en aide. Tout le contraire du «chacun pour soi». L’entraide et la solidarité comme une évidence... Il n’y a pas de meilleure définition pour «fraternité».
Depuis dix ans, le «bien vivre» à Schlierbach est pour l’équipe municipale une règle de conduite, comme en témoignent les réalisations de l’année écoulée.
Les travaux de voirie dans la rue de Landser et la mise en place prochaine d’une zone 30 dans le coeur de village ainsi que le marquage au sol d’une voie partagée avec les cyclistes participent à l’effort de sécurisation des déplacements dans notre commune. La préservation de l’environnement et de la biodiversité est restée une priorité avec la renaturation de l’étang communal et les économies d’eau pour le fleurissement. Quant aux travaux au presbytère, ils seront terminés pour la rentrée 2025 et nous pourrons, dans le caveau rénové, ouvrir à la fois un nouvel espace de rencontres citoyennes, d’exposition et de concert ainsi qu’une nouvelle salle de restauration pour les enfants du périscolaire.
Ce «bien-vivre» à Schlierbach est aussi la raison d’être de nos associations qui nous ont offert quelques très beaux moments festif : du carnaval de l’AS Schlierbach au concert de l’Harmonie, des représentations théâtrales de l’ACL au retour sur scène du légendaire groupe Package organisé par la Note bleue, des rencontres intergénérationnelles entre les enfants du périscolaire et nos aînés de Soleil d’automne à la deuxième édition du challenge sportif «1,2,3 bougez !», le plaisir d’être ensemble était au rendez-vous.
Notre petite commune n’est sans doute pas le plus beau village de France mais y vivre est un petit bonheur. «Un privilège !» disent même certains Schlierbachois. Il ne s’agit nullement d’affirmer que la vie ici est plus belle ou plus douce qu’ailleurs et que l’herbe y est plus verte mais simplement de nous rappeler tout ce qui nous permet de bien vivre à Schlierbach : la campagne qui nous entoure et nous offre un magnifique cadre de vie, une école de village pour nos enfants qui peuvent s’instruire dans des conditions idéales et une vie associative dynamique dans laquelle des dizaines de bénévoles ne comptent pas leur temps pour offrir au plus grand nombre des activités culturelles et sportives pour tous les goûts.
Vivre ensemble et faire ensemble, c’est se sentir proches les uns des autres en dépit de nos différences. La marche chaotique du monde ne doit pas nous pousser à renier ça et à nous dicter des comportements mortifères qui conduiraient chacun à se replier sur soi et à croire que l’homme est un loup pour l’homme.
Même si l’Histoire bégaie et si le monde trébuche, il n’y a pas de fatalité.
Les valeurs de la République qui sont celles de l’humanisme sont universelles et intemporelles.
Missak Manouchian, héros de la Résistance, exécuté avec ses amis par les nazis en 1944 et entré au Panthéon 80 ans plus tard, disait que «la vie n’est pas dans le temps mais dans l’usage». Lui, l’étranger d’origine arménienne, avait choisi de servir la vie, la liberté, l’égalité et la fraternité. Pour les tirailleurs marocains qui furent nombreux à libérer nos communes alsaciennes en 1944, le choix fut le même. Leur courage et leur conviction que nos valeurs ne devaient et ne pouvaient disparaître sont des leçons de vie. Dans cette époque troublée qui est la nôtre, s’en souvenir est un devoir. Pour la mémoire, mais aussi pour répondre aux défis du présent.
Il y a 80 ans comme aujourd’hui, l’exemple de nos libérateurs doit nous servir de boussole morale.
Belle année 2025 et que l’espoir nous guide !
Bernard JUCHS, le maire