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Le Mot du Maire

 

 

Bernard

Chères Schlierbachoises, chers Schlierbachois

 

Dès le printemps dernier, nous avons su que l’année 2020 entrerait dans l’histoire bien plus vite que les précédentes et qu’elle y laisserait plus d’une trace. Pour la planète entière, l’année qui s’est achevée a été une année éprouvante et même chaotique à bien des égards. Le monde a dû faire face à une crise sanitaire sans précédent depuis la grippe dite « espagnole » qui, au lendemain de la première guerre mondiale, avait coûté la vie à des dizaines de millions de personnes. 

Un virus traînait dans l’air et, comme le craignaient nos lointains ancêtres Gaulois, le ciel nous est tombé sur la tête. En quelques jours, la Terre s’est arrêtée de tourner ou presque, laissant ses habitants incrédules, désorientés, inquiets face à une menace aussi invisible que redoutable.

La hausse brutale du nombre de malades, celle des hospitalisations puis celle des décès a entretenu un sentiment d’angoisse, d’abord diffus puis durable. Semant la désolation, le virus a remis en cause notre système de santé, paralysé l’économie, provoqué la fermeture des établissements scolaires et des commerces, supprimé toute vie associative, culturelle, artistique et sportive. Il a bouleversé nos habitudes et nos droits les plus précieux en limitant sévèrement la liberté de se déplacer et de se rencontrer. La vie sociale et familiale à laquelle nous sommes si naturellement attachés a subi de plein fouet de douloureuses contraintes.

Si la préoccupation première a été de se protéger du virus et de mettre en place les mesures pour maîtriser sa propagation, il n’en reste pas moins que les causes de cette pandémie, qui ne sont pas encore toutes élucidées, doivent être prises au sérieux et donc nous faire réfléchir. Il est certain que ce virus n’est pas le fruit du hasard.                                                                                                                           

Il renvoie l’humanité toute entière et donc nous tous à nos responsabilités.                             

 

La déforestation massive en Asie, en Afrique centrale et en Amazonie, en détruisant les écosystèmes, entraîne l’apparition de nouveaux virus transmis par des animaux que l’homme ne côtoyait pas jusque-là. On coupe la forêt tropicale pour la remplacer par des fermes qui exportent dans le monde leur production de viande bon marché ou pour extraire du sol le coltan, minerai rare dont nos smartphones sont si friands. Dès le début de la pandémie, on a cherché des coupables en montrant du doigt les chauves-souris et les pangolins. Qu’on ne s’y trompe pas !  Par son comportement dicté par une mondialisation sauvage, la recherche effrénée du profit et l’aberrante obligation de satisfaire tous ses besoins au moindre coût, l’homme est seul responsable de ses actes et des terribles conséquences qu’ils entraînent.  Comme le changement climatique, la Covid 19, en plus de nous infliger une formidable leçon d’humilité, met humanité au pied du mur. Le diagnostic et les inventaires sont là. Il nous faut  revoir notre approche de la vie et notre rapport au monde, construire un nouveau modèle de développement, s’inscrire dans une démarche réfléchie et sensée.  Vivre autrement s’impose et sans tarder ! 

 

La pandémie nous a aussi rappelé que c’est dans l’épreuve  que les hommes se révèlent, dans leurs grandeurs comme dans leurs petitesses.                                                              

Grandeur de nos soignants, médecins, infirmiers (-ères) et aide-soignants (-es) travaillant avec courage et détermination, jusqu’à l’épuisement parfois, pour sauver des vies. Grandeur du personnel des Ehpad qui, dans des conditions terribles, ont pris soin de leurs pensionnaires avec un dévouement exceptionnel. Grandeur de toutes celles et ceux qui ont continué de travailler, souvent la peur au ventre, pour que les services puissent continuer de fonctionner : caissières, agriculteurs, policiers et gendarmes, chauffeurs routiers, conducteurs de bus, de train  et de métro, agents de propreté, enseignants. Grandeur de millions de bénévoles qui, n’écoutant que leur cœur et leur courage, ont apporté leur aide quotidienne à ceux et celles qui, souffrant de solitude ou de découragement, en avaient besoin.

Dans son célèbre livre, La Peste, Albert Camus disait : « Et pour dire simplement ce qu’on apprend au milieu des fléaux, qu’il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser ». 

Si beaucoup ont su être à la hauteur de la situation, d’autres en revanche ont subi une sévère panne d’intelligence. Fallait-il accorder autant d’importance à la surenchère médiatique entretenue savamment par quelques journalistes plus préoccupés de transformer l’information en spectacle ? Etait-il judicieux pour des médecins et spécialistes renommés de soigner leurs egos dans les médias en affirmant avec un incroyable aplomb qu’ils détenaient la science infuse ? Etait-il raisonnable pour les habitués des réseaux sociaux d’exprimer ou transmettre des vérités qui n’en étaient pas ou des propos complotistes les uns plus fumeux que les autres ? Etait-il opportun pour quelques célébrités en manque de notoriété d’affirmer avec force que notre pays était la proie d’une folie collective et que le président de la République était un apprenti dictateur ? Autant de propos et d’attitudes qui n’ont servi qu’à entretenir la peur et le désarroi d’une façon pathétique.

Bien évidemment, rien ne peut remettre en cause la liberté de s’exprimer mais on ne peut, sans partir des faits et sans réflexion, donner un avis qui prétend détenir la vérité.                  

Le général de Gaulle, dont nous avons célébré le 50ème anniversaire de la mort en novembre dernier, affirmait « qu’il n’y a de réussite qu’à partir de la vérité ». Vérité des faits même si elle déplaît, pensait-il. Le grand homme du siècle dernier n’aimait ni l’illusion ni l’ignorance. Aujourd’hui, dans le grand cirque des réseaux sociaux, chacun peut prétendre avoir raison sur tout, même si on ignore de quoi il s’agit.   N’est vrai que ce à quoi on a envie de croire... La vérité d’un événement n’est plus qu’une affaire de croyances personnelles. Une rumeur est forcément vraie… Un tel comportement immoral et malhonnête débouche sur un « trumpisme » de la pensée et ouvre la porte à l’asservissement des esprits. Rien d’étonnant que le fanatisme religieux se nourrisse de cette démarche malsaine.

 

Le 16 octobre dernier, Samuel Paty, professeur d’Histoire au collège de Conflans Sainte-Honorine, a été massacré en pleine rue. 

Non pour ses idées ou ses convictions mais pour avoir fait son métier. La bêtise insondable du fanatisme qui veut que des hommes se croient propriétaires d’un dieu ou d’une idée dont ils se réclament a une nouvelle fois frappé avec une sauvagerie insupportable. Les réseaux sociaux, où déjà sévissaient le narcissisme,  la mauvaise foi et la désinformation, ont laissé libre cours  aux campagnes de manipulations et d’intimidations ainsi qu’aux discours haineux, amorçant une dérive barbare et meurtrière. Quand mettrons-nous un terme à de tels travers  qui mettent en danger les fondements mêmes de la liberté ? Apprendre aux enfants à réfléchir et à vivre ensemble  est la mission première de tous les enseignants. Leur savoir et leur autorité et surtout le respect qui leur est dû ne doivent en aucun cas être remis en question. Samuel Paty est mort d’avoir enseigné à ses élèves nos valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité. 

Assassiner un professeur dans l’exercice de sa mission, c’est plus que viser la République. C’est la toucher en plein cœur. L’assassinat de trois autres personnes avec la même sauvagerie et la même cruauté quelques jours plus tard à Nice, a provoqué ce même sentiment mêlé de dégoût, de colère et de tristesse. Il y a deux cent cinquante ans, Voltaire dénonçait les crimes commis par les hommes au nom de Dieu. Dans son discours sans concession, le Président de la République a rappelé avec force que l’héritage du siècle des Lumières est le socle de notre république et qu’aucun discours politique ou religieux ne peut le remettre en question.

 

Au cours de cette année 2020 si sombre et si compliquée, quelques événements ont su malgré tout entretenir l’espoir. Ainsi la découverte, en un temps record, d’un vaccin contre la Covid 19 nous rappelle que  les hommes sont capables de se surpasser et de relever de formidables défis. Quelle bonne nouvelle aussi que l’éclatante réaffirmation de l’Europe et de ses valeurs ! Français et Allemands ont été les initiateurs d’un plan de relance historique accepté par tous les autres états de l’Union pour venir en aide aux économies mises à mal par l’épidémie. Solidarité exemplaire et surtout responsable puisque l’Union européenne s’engage sur le principe que 30% des dépenses serviront à la politique environnementale et donc à lutter contre le changement climatique.                  

 

Enfin, comment ne pas raisonnablement se réjouir du départ de celui qui, pendant quatre (trop) longues années, a présidé les Etats-Unis ? Le 45ème président américain a quitté le pouvoir comme il l’a exercé. Grotesque, irresponsable, indigne. Empoisonnant sciemment par ses propos et ses actes les institutions américaines et les fondements de la démocratie. 

Accéder aux responsabilités, qu’elles soient nationales ou locales,  est une charge mais aussi un honneur. Pour un élu de la République, il ne peut y avoir de place pour l’orgueil et les fanfaronnades. 

 

À l’occasion des élections municipales, vous m’avez renouvelé votre confiance et je vous en remercie chaleureusement. Avec la nouvelle équipe à mes côtés, je m’efforcerai d’être digne de cette confiance. En dépit des contretemps et des obstacles que la situation sanitaire nous a imposés (et nous imposera peut-être encore sous une forme ou sous une autre), nous avons un programme, des projets, des idées. Nous avons aussi fait le choix d’une méthode basée sur l’écoute, la concertation, le débat, la co-construction, qui au cours des six dernières années a déjà fait ses preuves. Elle nous permettra d’aller plus loin dans notre démarche de démocratie participative par la poursuite des réunions de quartiers mais aussi par la création de table-rondes citoyennes sur des thèmes aussi essentiels que la transition écologique et notre cadre de vie en général. 

Ces rencontres sont essentielles pour se comprendre, s’informer et prendre ensemble les décisions qui répondent au mieux à l’intérêt général. 

 

A l’aube de 2021, les responsabilités qui sont les nôtres dépassent le cercle des dirigeants. Dans cette époque en mutation, s’il est du rôle des élus de fixer un cap (en sachant que les impératifs environnementaux, de toute façon, l’exigent) et de trouver les moyens pour l’atteindre, l’engagement doit être collectif, partagé, réfléchi, respectueux de la vie et de la planète qui l’abrite. 

Le « monde autrement » est à construire maintenant. « Cela semble toujours impossible jusqu’à ce qu’on le fasse ! » disait Nelson Mandela. 

 

Que 2021 comble vos vœux les plus chers et que l’espoir vous guide contre vents et marées !

Bernard JUCHS