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Le nichoir du clocher de SCHLIERBACH...

Un nichoir installé au clocher en 1982.

Rappelons que ce nichoir, prévu à l'origine pour favoriser la reproduction de l'Effraie des clochers (ou Chouette effraie), a été adopté à maintes reprises par plusieurs espèces d'oiseaux : Effraie des clochers, Pigeon biset domestique, Faucon crécerelle et Choucas des clochers....

Contrôle du nichoir le 11 juin 2019.

Lors de mon contrôle, j'ai eu le bonheur d'y découvrir 5 jeunes Faucons crécerelles, proches de l'envol. A mon arrivée, 3 de ces jeunes ont préféré se replier hors du nichoir, sur le rebord de fenêtre qui donne sur le cimetière et l'école, alors que 2 autres jeunes se sont réfugiés dans un coin du nichoir en m'observant avec quelque méfiance...

2019 semble être une année très favorable pour le Faucon crécerelle (l'une de nos espèces de rapaces diurnes les plus communes) dans notre région : j'ai connaissance de l'existence simultanée, en juin 2019, de 2 couples (église de Spechbach-le-Haut) et même de 3 couples à St Amarin (église équipée de plusieurs nichoirs).

Souhaitons « bon vent » et une belle longévité à ces superbes rapaces qui animent notre campagne et qui nous débarrassent notamment des petits rongeurs en surnombre.

Bernard Regisser (Ligue pour la Protection des Oiseaux)

la Chouette effraie, surnommée "La Dame Blanche"





Depuis 1981, Bernard REGISSER membre de la LPO* (Ligue de Protection des Oiseaux) et passionné des oiseaux, en particulier des rapace, grimpe plusieurs fois chaque année tout en haut du clocher de l'église de Schlierbach, pour assurer le suivi ornithologique de ce site où a été installé un nichoir.

Pourquoi avoir installé ce nichoir ?

En fait, tout a commencé en 1978 : la section du Haut-Rhin de la LPO* se rend compte de la régression de la Chouette Effraie et lance une grande campagne de protection en faveur de ce magnifique rapace nocturne traditionnellement implanté dans notre région. Dans un premier temps, les membres de la LPO sont invités à prospecter dans les communes pour vérifier si l'espèce est toujours présente et si elle a la possibilité de nicher comme autrefois. Comme les granges modernes sont moins favorables et que nombre de clochers ont été grillagés pour empêcher l'intrusion des pigeons, l'Effraie a souvent perdu ses meilleurs sites de reproduction. Pour y remédier, l'installation de nichoirs appropriés dans ces bâtiments permet à l'espèce de s'y reproduire dans des conditions optimales, sans être exposée à la prédation de son ennemi naturel, la Fouine. Et les Pigeons restent définitivement écartés de l'intérieur des clochers!

En été 1981, ma toute première exploration du clocher de SCHLIERBACH a été couronnée par une surprise : j'y ai découvert, abritées dans une cavité du mur, une nichée de 4 jeunes effraies. Un couple d'effraies avait trouvé une faille dans l'engrillagement du clocher et avait donc pu entreprendre sa reproduction, à quelques mètres au-dessus des cloches. Pour permettre à l'Effraie de continuer à se reproduire en toute sécurité, dans un clocher bien grillagé, j'ai sollicité et obtenu du Maire Armand WINTZER l'autorisation d'installer un nichoir dans le clocher. Ce qui fut fait en février 1982, avec l'aide de Michel HEYBERGER.

Combien de nichoirs pour les chouettes effraies dans le Haut-Rhin ?

Entre 250 et 300 nichoirs ont été mis en place dans notre Département depuis 1978. Devenu Coordinateur de la campagne, j'ai pu bénéficier du concours d'amis motivés et inventifs, qui ont permis d'équiper la plupart des cantons. Plusieurs communes ont mis parfois plusieurs nichoirs, aussi bien dans des clochers que dans des granges ou des hangars. Des articles dans les journaux, des expositions et des conférences ont permis de sensibiliser un très large public. Le succès de notre campagne a été rendu possible par un véritable travail d'équipe.

Je me suis également chargé de collecter toutes les informations utiles pour établir des cartes de répartition de l'espèce et pour rédiger des bilans annuels. Le suivi des nichoirs a rendu possible la collecte de nombreux lots de pelotes de réjection, rejetés après digestion par les Effraies. L'analyse du contenu de ces pelotes a aussi permis d'améliorer notre connaissance des proies de la Dame Blanche (campagnols, musaraignes, mulots ...).

Pouvez-vous nous présenter la Chouette Effraie ?

La Chouette Effraie (officiellement l'Effraie des clochers) est l'un de nos plus beaux rapaces nocturnes. Grande de 34 cm, elle a la taille d'un pigeon ramier. On peut facilement la distinguer des autres espèces de «nocturnes» par son disque facial emplumé en forme de coeur, tout autour du visage, qui est à l'origine de son nom allemand « Schleiereule » (chouette voilée).
Son activité est essentiellement nocturne : c'est alors qu'elle sort pour chasser ou pour nourrir ses poussins. Elle passe ensuite la journée dans un reposoir sûr : grange, pigeonnier, grenier ou nichoir.
Son rythme de vie étant l'inverse du nôtre, beaucoup de gens ignorent son existence, sauf certains agriculteurs, des charpentiers travaillant dans les grenier ou alors des promeneurs nocturnes.
Il s'agit d'une espèce très vulnérable : des hivers enneigés et avec gel prolongé peuvent décimer l'essentiel de la population d'une région. Par ailleurs, cette espèce qui fréquente nos territoires humains, est également exposée aux aléas de notre vie moderne : forte mortalité routière et ferroviaire, mais également noyades, empoisonnements,...

Un couple élève, chaque année favorable, une nichée de 5 poussins en moyenne. Lors des très bonnes années, avec pullulation des campagnols dont elle se nourrit, elle peut mener à bien deux nichées. Dans ce cas, la première ponte commence plus tôt dans l'année. En captivité, une Effraie peut exceptionnellement atteindre une vingtaine d'années, mais en liberté, une chouette effraie adulte a une longévité moyenne de 3 à 4 ans. Il y aussi une très forte mortalité chez les jeunes.

Quant aux liens qui peuvent unir un couple, ne nous faisons pas trop d'illusions. Non seulement, la composition d'un couple change fréquemment d'une année à l'autre, mais on a rencontré des cas de polygamie, et même des changements de partenaire au cours d'une même saison.

A Schlierbach avez-vous observé des couvées tous les ans ?

Il faut bien comprendre que nos nichoirs-standards offrent aux oiseaux un site de reproduction très apprécié :
vaste volume grâce aux dimensions 1m x 0,50m x 0,50 m,
installation favorable à plusieurs mètres de haut,
accès impossible pour les fouines,
orientation favorable du trou d'envol : vers le sud ou l'est, et sans obstacles.
Rapidement, l'Effraie a adopté cet équipement confortable et sûr dans la plupart de nos communes, mais d'autres espèces opportunistes également ! Si bien qu'un même nichoir peut abriter, selon les années, des locataires différents, ou même 4 locataires successifs différents lors d'une même année civile.

En reconsultant toutes mes notes, je peux vous détailler l'identité des occupants connus du nichoir de Schlierbach depuis 1982 jusqu'en 2015 :
la Chouette Effraie s'y est reproduite pendant 22 années de cette période,
le Faucon Crécerelle s'y est reproduit avec succès à 6 reprises,
Le Choucas des Tours (petit corvidé également attiré par les cheminées du presbytère) a niché 6 fois,
quant au Pigeon domestique dont je n'ai sans doute pas noté toutes les présences, au moins 5 fois.
Enfin, le nichoir de Schlierbach a su séduire le Tadorne Casarca (canard coloré) qui a niché en 2009, en 2011 et en 2014 ! En 2009, les enfants de l'école ont découvert avec surprise au bas du clocher 3 canetons, dont seul un échappera aux pies. Rachel, secrétaire de la mairie se souviendra toute sa vie d'avoir participé avec moi au sauvetage du poussin Tadorne Casarca survivant.

En 2015, un couple d'Effraies a élevé avec succès 5 poussins (observés le 19 mai). Par contre, la 2ème ponte de 8 oeufs, observée le 15 septembre, était abandonnée, comme d'habitude à Schlierbach.

Que deviennent les jeunes chouettes ?

Des observations directes, mais surtout les renseignements apportés par le baguage des oiseaux, et en particulier celui des poussins, nous apprennent que devenus grands, les poussins sont initiés par leurs parents au vol, puis à la chasse. Lorsqu'ils ont plus de 3 mois, les jeunes effraies sont repoussées par leurs parents et quittent leur lieu de naissance pour se trouver un nouveau territoire. Cette quête d'un nouveau territoire s'accompagne de dangers multiples, puisque des oiseaux inexpérimentés traversent des territoires inconnus, survolent des routes ou des voies ferrées etc. Ce qui explique la forte mortalité juvénile des jeunes effraies. De même, des conditions météorologiques défavorables peuvent leur être fatales, en particulier lors de leur premier hiver !
Les jeunes chouettes peuvent aussi bien s'établir à quelques km de leur lieu de naissance qu'à une distance de 600 km. Le « champion du Haut-Rhin » est, à ma connaissance, une jeune effraie baguée à Kembs en juillet 1974 , et contrôlée vivante en novembre 1975 en Hongrie à 912 km.

Pour Schlierbach, le baguage de l'espèce nous a permis d'identifier :
le 27 avril 1985, une adulte femelle, originaire de Courrendlin (Jura suisse) où elle avait été baguée comme poussin le 14 juin 1984. Elle avait parcouru 39 km jusqu'à Schlierbach.
le 18 mai 1988, un mâle originaire de Fechingen (Sarre en Allemagne) bagué comme poussin le 30 juin 1986. Il avait parcouru 170 km pour arriver à Schlierbach.
On voit bien que nos « frontières » n'existent pas pour les oiseaux, qui n'hésitent pas à s'engager dans des unions binationales...
Enfin, une autre donnée confirme l'importance de la mortalité routière : une jeune effraie baguée à Koetzingue le 21 mai 1990 a été trouvée morte sur la route à Schlierbach le 14 novembre 1990 : elle n'aura donc pas réussi à passer le cap critique d'un premier hiver.
En revanche, je n'ai pas enregistré de « reprise » d'une des effraies baguées à Schlierbach.

Combien d'Effraie des Clochers y a-t-il dans le Haut-Rhin ?

En France, on estime entre 20 000 à 50 000 couples et entre 100 et 300 couples pour le Haut-Rhin.
Notre suivi départemental affiche une année-record en 1996, avec 137 couples nicheurs connus. Mais l'hiver 2008/2009 particulièrement défavorable, a entraîné un effondrement spectaculaire des effectifs dans le Haut-Rhin : 106 couples en 2008, mais seulement 27 couples en 2009. Depuis, l'espèce peine à reconstituer ses effectifs.

C'est une chance d'abriter ces rapaces ? Que pouvons-nous faire pour maintenir ces oiseaux ?

C'est bien évidemment une grande chance pour Schlierbach d'avoir réussi à fidéliser cette espèce fascinante et si belle, qui fait partie de notre patrimoine naturel et joue un rôle très important dans nos écosystèmes. Comme chaque espèce naturelle, elle a un rôle irremplaçable dans nos campagnes, sa présence est un indicateur de la qualité d'un milieu, sa beauté et ses particularités fascinantes plaident également en sa faveur. En plus de sa beauté, cette espèce, autrefois victime de superstitions bien injustes et stupides, est aussi un allié précieux pour l'agriculteur et le jardinier. On estime qu'au cours d'une année, un couple d'effraie avec ses jeunes va consommer en moyenne 5000 petits mammifères, surtout des rongeurs qui sont eux-mêmes de gros consommateurs de cultures et légumes.

Les actions de protection, avec mise en place de nichoirs notamment, menées un peu partout permettent de lui donner un « coup de pouce » appréciable.

Parmi les autres actions, faciles à mettre en oeuvre, pour conserver cette espèce : rouler moins vite la nuit, mettre un grillage sur certaines cheminées, installer un système anti-noyades dans les abreuvoirs, maintenir des prairies naturelles et des jachères, conserver des vieux arbres, conserver ou planter des haies, sensibiliser un maximum d'amis et de connaissances.

Pour en savoir plus :
site internet de LPO >> http://rapaces.lpo.fr/chouette-effraie

*LPO : Ligue de Protection des Oiseaux